Dans cette interview, Antoine Beaulieu s’entretient avec Marc Delacour, ingénieur logiciel de 34 ans à Paris, qui a réussi le TORFL B2 en 2025 après 18 mois d’autodidaxie intensive. Marc est sans filtre sur ses méthodes, ses erreurs et le système de certification russe tel qu’il l’a vécu depuis la France.

Pourquoi apprendre le russe pour une raison professionnelle

Antoine Beaulieu : Marc, vous travaillez dans la tech — pas le profil type du russisant. Qu’est-ce qui vous a poussé à apprendre le russe, et concrètement, en quoi ça change votre vie professionnelle aujourd’hui ?

Marc Delacour : Concrètement, c’est parti d’un appel d’offre. Notre entreprise répondait à un projet de développement logiciel pour un client ukrainien dont une partie de l’équipe travaillait en russe. J’avais le choix : passer par un interprète à chaque réunion technique ou apprendre la langue. J’ai fait le pari d’apprendre — et je ne le regrette pas. En dix-huit mois, j’ai pu lire les spécifications techniques en cyrillique, participer à des réunions sans intermédiaire, et établir des relations directes avec les développeurs. Ça change tout dans la qualité de la collaboration. Le russe m’a ouvert des portes que je n’aurais pas imaginées : j’ai été recommandé sur deux autres projets avec des partenaires russophones, et mon responsable m’a dit que c’était un avantage différenciant sur mon poste. Pour ceux qui envisagent d’apprendre le russe dans une optique similaire, notre guide complet pour apprendre le russe donne un cadre solide pour structurer les premiers mois. Apprendre les bases — здравствуйте (zdravstvuyte) = bonjour, спасибо (spasibo) = merci, понял (ponyal) = j’ai compris — ne prend que quelques semaines mais établit une crédibilité immédiate. Au-delà du professionnel, il y a aussi une satisfaction intellectuelle que j’avais sous-estimée : le russe est une langue d’une grande richesse, et chaque niveau passé donne un sentiment d’accomplissement difficile à obtenir ailleurs.


Qu’est-ce que le TORFL et comment fonctionne l’examen ?

Antoine Beaulieu : Décrivez-nous le TORFL pour ceux qui ne connaissent pas. Qu’est-ce qu’on évalue exactement au niveau B2 ?

C’est une structure sévère qui force une préparation véritablement équilibrée. La partie grammaire teste des constructions complexes : les six cas russes en contexte, l’aspect verbal (perfectif/imperfectif), les verbes de mouvement. Par exemple, distinguer я иду (ya idu = je marche/vais à pied, action en cours) de я хожу (ya khozhu = je vais habituellement à pied, action répétée) est typique du niveau B2. Pour maîtriser la grammaire russe avant l’examen, il faut compter plusieurs mois de travail régulier sur les cas et l’aspect verbal — ces deux points font tomber la majorité des candidats francophones.


Le planning des 18 mois : de zéro à B2

Antoine Beaulieu : Dix-huit mois de zéro à B2, c’est un rythme ambitieux. Comment vous avez découpé ça concrètement ? Pour connaître les règles actuelles du CPF et de l’aide de France Travail, lisez notre point sur le financement d’une certification de russe en 2026.

Marc Delacour : J’ai mesuré mon temps d’apprentissage presque à la minute. Les 4 premiers mois : alphabet cyrillique (2 semaines), phonétique de base, les 6 cas russes, conjugaisons présent/passé. J’ai utilisé Assimil comme colonne vertébrale et un tuteur Italki une fois par semaine pour corriger. De 5 à 10 mois : je suis passé à un contenu plus dense — grammaire de l’aspect verbal, vocabulaire professionnel, premières lectures de textes authentiques. Phrases comme у меня есть вопрос (u menya yest’ vopros) = j’ai une question. De 11 à 18 mois : simulation intensive d’examen. J’ai acheté des annales TORFL B2 et fait un test complet blanc chaque dimanche soir — avec chronomètre. Les 2 derniers mois, j’ajoutais une session de compréhension orale quotidienne. Pour mémoriser efficacement le vocabulaire russe, j’ai utilisé Anki avec des decks contextuels — jamais de mots isolés, toujours dans une phrase entière.


Assimil + films + tuteur natif : la combinaison gagnante

Antoine Beaulieu : Vous avez mentionné Assimil, Anki, les films. Quelle est la hiérarchie de ces méthodes — qu’est-ce qui a fait le plus progresser ?

Marc Delacour : Le truc qui m’a vraiment fait progresser en compréhension orale, c’est le shadowing avec des films. Concrètement : je regardais une scène en russe avec sous-titres russes, je la réécoutais sans sous-titres, puis je répétais à voix haute en synchronisant ma voix avec l’acteur. Pour le vocabulaire structurel, Assimil reste la référence pour les francophones — les leçons sont bien construites et la progression grammaticale est cohérente. Ce que Assimil ne fait pas bien : la préparation au TORFL spécifiquement, qui a ses propres formats d’exercices. J’aurais dû commencer les annales 6 mois plus tôt. Le tuteur natif est essentiel pour l’épreuve orale — pas pour apprendre des mots, mais pour se déshabituer des constructions calquées sur le français. Спокойной ночи (spokoïnoï notchi = bonne nuit) ne se dit pas en russe de la même manière qu’en français, et ce type de nuance, seul un natif peut vous la faire sentir. Pour apprendre le russe en autodidacte de manière structurée, le duo Assimil + Anki est le minimum viable — le tuteur vient ensuite.


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Les parties les plus difficiles du TORFL pour un Français

Antoine Beaulieu : Qu’est-ce qui piège le plus les Français au TORFL B2 ?

Marc Delacour : Spoiler : ça marche pas comme on croit. La majorité des francophones que j’ai croisés dans les groupes de préparation s’attendaient à ce que la grammaire soit le gros obstacle. C’est vrai que les déclinaisons font peur : nominatif студент (student = l’étudiant), génitif студента (studenta = de l’étudiant), datif студенту (studentu = à l’étudiant), accusatif студента (studenta = l’étudiant — comme le génitif pour les animés), instrumental студентом (studentom = avec l’étudiant), prépositionnel студенте (studente = de l’étudiant). Six formes différentes pour un seul mot. Mais avec 18 mois d’exposition régulière, les déclinaisons deviennent presque instinctives. Mon conseil : passez au moins 3 heures par semaine à écouter des contenus russes authentiques dès le début — podcasts, émissions de radio, vlogs. Et maîtriser la grammaire russe reste le socle sans lequel rien ne tient.


Ce que je referais différemment avec le recul

Antoine Beaulieu : Si vous recommenciez demain, qu’est-ce que vous feriez différemment ?

Marc Delacour : Trois choses concrètes. Premièrement, j’aurais commencé le shadowing oral dès le mois 2, pas le mois 6. L’oreille russe se développe lentement — chaque mois supplémentaire d’exposition précoce fait une différence énorme à long terme. Deuxièmement, j’aurais intégré l’écriture manuscrite en cyrillique beaucoup plus tôt. J’ai appris le cyrillique dactylographié et j’ai eu une vraie panique face aux lettres cursives russes, qui diffèrent nettement des lettres imprimées. Прописная буква (propisnaya bukva = lettre manuscrite) est un apprentissage à part entière. J’ai dû rattraper ça en urgence les deux derniers mois. Troisièmement, j’aurais cherché une communauté de russisants francophones plus tôt. J’ai découvert l’existence des cercles culturels russes à Paris — expositions, projections de films, soirées de conversation — beaucoup trop tard. Une émission comme Вечерний Ургант (Vecherney Urgant = Le Soir avec Urgant, émission TV russe) est d’une richesse folle pour comprendre le russe culturellement situé, avec l’humour et les références implicites que les manuels ne transmettent jamais.


Le réseau russophone en France : une ressource sous-estimée

Antoine Beaulieu : Vous parlez de réseaux russophones en France — vous y avez trouvé quoi concrètement ?

Marc Delacour : J’ai mesuré l’impact quand j’ai comparé mes résultats aux oraux blancs avant et après avoir rejoint un groupe de conversation russophone à Paris. Ma fluidité avait augmenté de façon très perceptible en l’espace de 3 mois — non parce qu’on m’apprenait de la grammaire, mais parce que j’étais obligé de penser directement en russe, sans filet. Il existe des associations culturelles russes dans la plupart des grandes villes françaises : Paris (plusieurs), Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Marseille. Les événements varient : projections de films en version originale avec débat en russe, cours de cuisine russe avec locuteurs natifs, cercles de lecture. Ce n’est pas seulement de la pratique linguistique — c’est une immersion culturelle qui rend la langue vivante. J’ai aussi découvert des débouchés professionnels inattendus en fréquentant ces réseaux : des missions de traduction, des demandes de collaboration. Les opportunités artistiques et professionnelles du réseau russophone en France sont bien plus nombreuses qu’on ne le pense pour un francophone bilingue russe.


Questions rapides — vrai ou faux sur l’examen

Antoine Beaulieu : Passons à cinq questions rapides, vrai ou faux.

Marc Delacour : Avec plaisir.

Antoine Beaulieu : Le TORFL est reconnu par les employeurs français ?

Marc Delacour : Vrai — mais surtout ceux qui ont des partenaires russophones. Pour un employeur 100 % franco-français, l’impact reste limité. Pour une entreprise avec des activités en Europe de l’Est ou dans l’espace post-soviétique, c’est un différenciateur réel.

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Antoine Beaulieu : On peut passer le TORFL en ligne depuis chez soi ?

Antoine Beaulieu : Duolingo suffit pour se préparer au TORFL B2 ?

Marc Delacour : Faux, très clairement. Duolingo est utile pour les 500 premiers mots et pour créer une habitude quotidienne. Il ne prépare pas du tout aux formats spécifiques du TORFL ni à la complexité grammaticale du B2. C’est un outil de démarrage, pas d’arrivée.

Antoine Beaulieu : Une seule compétence ratée suffit à faire échouer tout l’examen ?

Marc Delacour : Vrai — c’est une règle dure que beaucoup ignorent. En règle générale, chaque épreuve doit atteindre 66 % ; une exception est possible avec 60 % dans une seule épreuve si les quatre autres atteignent au moins 66 %. D’où l’importance d’une préparation équilibrée.

Antoine Beaulieu : L’épreuve orale est la plus redoutée ?

Marc Delacour : Vrai. Presque universellement. Mais c’est aussi la compétence qui progresse le plus vite avec de la pratique régulière — c’est encourageant.


Les 3 conseils de Marc pour les futurs candidats TORFL

Antoine Beaulieu : Pour ceux qui lisent cet article et veulent se lancer dans la préparation du TORFL B2 — vos 3 conseils concrets ?

Marc Delacour :

  1. Commencez les annales dès le mois 6, pas le mois 15. La structure de l’examen est spécifique.

  2. Investissez dans un tuteur natif dès le niveau A2. Pas pour la grammaire — pour l’oreille et la production orale. Une heure par semaine avec un natif sur Italki vaut davantage que 10 heures d’Assimil pour la fluidité orale. Insistez pour des corrections immédiates sur vos erreurs de cas et d’aspect verbal.

  3. Notre liste des écoles et centres de russe en France inclut les adresses des centres TORFL agréés. Une fois votre préparation lancée, réservez votre créneau d’examen — ça force aussi à fixer un objectif concret et à tenir le rythme.

Pour aller plus loin dans l’immersion, se préparer à un séjour en Russie reste l’accélérateur le plus efficace qui soit — rien ne remplace deux semaines à Moscou pour consolider un niveau B2.

Pour optimiser votre préparation grammaticale avant le TORFL, notre guide complet de la grammaire russe couvre les six cas, les aspects verbaux et les déclinaisons avec tableaux clairs — exactement les points testés au B2.