Pour construire une phrase complexe en russe, reliez une proposition principale à une proposition subordonnée, puis placez une virgule entre elles. Choisissez ensuite le mot qui exprime votre idée : что pour rapporter une information, чтобы pour un but, потому что pour une cause, et который pour ajouter une précision sur un nom. La difficulté n’est pas de faire des phrases interminables, mais de savoir quelle relation unit les deux idées et quelle forme grammaticale cette relation exige.

La virgule : le repère indispensable

La première règle est simple et très utile : en russe, la proposition subordonnée est en règle générale séparée de la principale par une virgule (quelques cas particuliers de ponctuation existent, mais ils sortent du cadre de ce guide). Cette ponctuation ne dépend pas de la longueur de la phrase. Même une subordonnée très courte réclame sa virgule.

  • Я знаю, что он дома. — Je sais qu’il est à la maison.
  • Мы останемся дома, потому что идёт дождь. — Nous resterons à la maison parce qu’il pleut.
  • Когда закончится урок, мы поговорим. — Quand le cours sera terminé, nous parlerons.

La place de la subordonnée peut changer. Elle peut suivre la principale, comme dans le premier exemple, ou la précéder, comme dans le troisième. Dans les deux cas, la virgule marque la frontière entre les deux propositions. C’est un excellent réflexe à prendre dès que vous voyez что, чтобы, потому что, если, когда, хотя ou который.

La relative introduite par который suit le même principe. Si elle s’insère au milieu de la principale, elle est encadrée par des virgules : Книга, которую я читаю, интересная. — Le livre que je lis est intéressant. Si la phrase se termine avec la relative, une seule virgule suffit avant который : Я вижу книгу, которую ты ищешь. — Je vois le livre que tu cherches.

Pour écrire plus sûrement, ne cherchez pas d’abord à reproduire la ponctuation française. Repérez plutôt le moment où une nouvelle idée avec son propre verbe commence. En russe, cette frontière se voit presque toujours grâce à la virgule.

Dire « que » avec что

Le mot что sert très souvent à introduire une complétive : une proposition qui complète un verbe comme « savoir », « penser », « dire », « comprendre » ou « voir ». Il répond à la question « quoi ? » après le verbe principal.

  • Я думаю, что это хорошая идея. — Je pense que c’est une bonne idée.
  • Она понимает, что нужно ждать. — Elle comprend qu’il faut attendre.
  • Мы видим, что дверь открыта. — Nous voyons que la porte est ouverte.

La structure est particulièrement pratique pour quitter les phrases courtes juxtaposées. Au lieu de dire Я думаю. Он прав. — Je pense. Il a raison., vous pouvez relier les deux informations : Я думаю, что он прав. — Je pense qu’il a raison.

Attention à ne pas confondre что avec который. Dans Я знаю, что он дома, la seconde proposition contient l’information connue : « qu’il est à la maison ». Dans Книга, которую я читаю, le mot который reprend un nom précis, книга, et joue un rôle à l’intérieur de sa proposition. Cette différence est essentielle pour choisir la bonne construction.

Pour situer ce type de phrase dans votre progression, les niveaux CECRL en russe et leurs repères peuvent vous aider à distinguer les automatismes attendus au début de l’apprentissage de ceux qui demandent encore une analyse plus fine.

Garder le temps de la phrase directe

Un francophone est souvent tenté de transformer automatiquement le temps après un verbe au passé : « il a dit qu’il viendrait ». En russe, il n’y a pas de concordance des temps de ce type. Le temps dans la subordonnée reste celui qui correspond à l’action elle-même, comme dans la phrase directe.

Comparez :

  • Он сказал: « Я приду завтра. » — Il a dit : « Je viendrai demain. »
  • Он сказал, что придёт завтра. — Il a dit qu’il viendrait le lendemain.

Le verbe придёт reste au futur. Le fait de venir est encore à venir au moment où il est rapporté ; on ne le transforme donc pas en conditionnel russe. De même, une action déjà accomplie reste au passé :

  • Она сказала: « Я читала книгу. » — Elle a dit : « Je lisais un livre. »
  • Она сказала, что читала книгу. — Elle a dit qu’elle lisait un livre.

Deux apprenants à une table d'étude discutant de la structure d'une phrase russe
La virgule et le connecteur donnent immédiatement la structure d'une phrase complexe russe.
La traduction française peut employer un conditionnel ou adapter le temps au récit. Cela ne doit pas vous faire modifier mécaniquement le russe. Posez-vous une question très concrète : l’action de la subordonnée est-elle passée, présente ou future dans la situation décrite ? C’est ce temps russe qu’il faut conserver.

Le choix du temps ne résout pas, à lui seul, la question de l’aspect. Lorsque vous hésitez entre processus et résultat, consultez notre guide sur l’aspect verbal russe, perfectif et imperfectif, sans confondre ce choix verbal avec la règle de l’absence de concordance des temps.

Exprimer un but avec чтобы

Le mot чтобы permet d’exprimer un objectif : on fait une action dans le but qu’une autre action se produise. La forme qui suit dépend avant tout de la question du sujet. Qui réalise l’action principale ? Qui réalise l’action visée ?

Quand c’est la même personne ou le même groupe, employez чтобы suivi de l’infinitif :

  • Я учу русский, чтобы читать книги. — J’apprends le russe pour lire des livres.
  • Мы пришли, чтобы поговорить. — Nous sommes venus pour parler.
  • Она открыла окно, чтобы проветрить комнату. — Elle a ouvert la fenêtre pour aérer la pièce.

Dans chaque cas, le sujet de l’action principale accomplit aussi l’action de but. Я учу et читать renvoient à la même personne ; l’infinitif est donc naturel. Cette construction est souvent plus directe que le français « afin de » ou « pour ».

Quand les sujets sont différents, après чтобы on utilise un verbe au passé, avec une forme en -л. Cette forme ne décrit pas forcément un passé : elle peut désigner une action souhaitée ou attendue.

  • Я хочу, чтобы ты пришёл. — Je veux que tu viennes.
  • Она ждёт, чтобы мы ответили. — Elle attend que nous répondions.
  • Мы просим, чтобы он говорил медленнее. — Nous demandons qu’il parle plus lentement.

Dans Я хочу, чтобы ты пришёл, le sujet de хочу est « je », tandis que le sujet de пришёл est « tu ». L’infinitif est possible quand le sujet est le même (Я пришёл, чтобы поговорить), mais ici les sujets diffèrent, d’où la forme en -л. Retenez cette vérification rapide avant d’écrire :

  • même sujet : чтобы + infinitif ;
  • sujets différents : чтобы + forme au passé en -л.

Donner une cause ou une conséquence

Pour expliquer une raison, потому что correspond très souvent à « parce que ». Il introduit une subordonnée de cause, séparée de la principale par une virgule.

  • Я остаюсь дома, потому что я устал. — Je reste à la maison parce que je suis fatigué.
  • Мы не идём гулять, потому что идёт дождь. — Nous ne sortons pas nous promener parce qu’il pleut.

Так как peut également introduire une cause. Il est utile lorsque vous annoncez d’abord la raison, puis la conséquence :

  • Так как идёт дождь, мы остаёмся дома. — Comme il pleut, nous restons à la maison.

Поэтому ne signifie pas « parce que », mais « c’est pourquoi », « donc ». Il introduit l’idée de conséquence plutôt que la cause :

  • Идёт дождь, поэтому мы остаёмся дома. — Il pleut, c’est pourquoi nous restons à la maison.

Ne choisissez donc pas le connecteur mot à mot. Si vous répondez à « pour quelle raison ? », потому что ou так как conviennent. Si vous annoncez ce qui résulte d’un fait, поэтому est le bon choix. La phrase avec поэтому comporte elle aussi une virgule, mais la logique n’est pas la même qu’avec une subordonnée de cause.

Une fois la charpente de la phrase acquise, vous pourrez enrichir le ton grâce aux particules russes (то, да, же, ведь) qui nuancent ces phrases. Elles ajoutent une nuance, mais ne remplacent ni le connecteur ni la virgule.

Poser une condition, situer un moment, admettre une opposition

D’autres conjonctions permettent de construire des phrases complexes très fréquentes dans la conversation. Elles suivent la même règle de ponctuation : la proposition qu’elles introduisent est séparée par une virgule.

Если exprime une condition :

  • Если у меня будет время, я позвоню. — Si j’ai le temps, j’appellerai.

Когда situe une action dans le temps :

Une apprenante avec cahier et dictionnaire révisant les déclinaisons du russe
Avec который, le genre et le nombre viennent de l'antécédent, tandis que le cas dépend de la fonction dans la relative.

  • Когда я прихожу домой, я читаю. — Quand je rentre à la maison, je lis.

Хотя exprime une opposition ou une concession :

  • Хотя идёт дождь, мы гуляем. — Bien qu’il pleuve, nous nous promenons.

Ces mots vous invitent à organiser votre pensée. Avec если, vous posez une condition avant d’annoncer le résultat. Avec когда, vous créez un repère temporel. Avec хотя, vous reconnaissez un fait qui pourrait empêcher l’action, avant d’expliquer que celle-ci a tout de même lieu.

La lecture de phrases plus longues vous fera aussi rencontrer des formes verbales condensées. Notre article sur les participes et gérondifs russes à reconnaître en lecture aide à ne pas confondre ces formes avec une subordonnée introduite par une conjonction.

Reprendre un nom avec который

Который est le pronom relatif qui permet de préciser un nom déjà mentionné. Il correspond souvent à « qui », « que », « dont », « où » ou « lequel » en français. Mais il ne faut jamais choisir sa forme à partir du seul mot français. Который se décline comme un adjectif : son genre et son nombre viennent du nom repris, appelé antécédent, tandis que son cas dépend de sa fonction dans la subordonnée.

La méthode est toujours la même :

  • repérez le nom repris par который ;
  • déterminez son genre et son nombre ;
  • observez le rôle de который dans la subordonnée ;
  • conservez la préposition exigée par cette fonction, puis choisissez le cas.

Les formes de base который, которая, которое et которые correspondent déjà au genre et au nombre de l’antécédent. Ensuite, le cas fait varier la terminaison. Voici une progression qui montre le raisonnement à appliquer.

Phrase russeAnalyse de которыйTraduction
Это книга, которую я читаю.книга est féminin ; которую est à l’accusatif féminin, car il est complément d’objet direct de читаю.C’est le livre que je lis.
Вот мужчина, которого я вижу.мужчина est masculin ; которого est à l’accusatif masculin animé, car il est complément d’objet direct de вижу.Voici l’homme que je vois.
Это женщина, у которой есть ключ.женщина est féminin ; у demande le génitif, donc которой.C’est la femme qui a une clé.
Это дом, в котором мы живём.дом est masculin ; в indique ici le lieu et demande le prépositionnel, donc котором.C’est la maison dans laquelle nous vivons.
Это человек, которому я пишу.человек est masculin ; écrire à quelqu’un demande le datif, donc которому.C’est la personne à qui j’écris.
Это город, из которого мы приехали.город est masculin ; из demande le génitif, donc которого.C’est la ville d’où nous sommes arrivés.
Это друзья, с которыми я работаю.друзья est pluriel ; с demande l’instrumental, donc которыми.Ce sont les amis avec qui je travaille.

Le point décisif est que le cas ne vient pas de l’antécédent seul. Dans дом, в котором мы живём, le masculin de дом explique котором, mais le prépositionnel vient de в et de la fonction de lieu. Dans женщина, у которой есть ключ, le féminin explique которой, tandis que le génitif vient de у.

Si les terminaisons vous semblent encore instables, reprenez les tableaux et les questions associés aux six cas russes. Avec который, les cas ne sont pas une difficulté supplémentaire : ils sont précisément l’outil qui indique le rôle du pronom dans la relative.

Éviter les réflexes du français

L’erreur la plus fréquente consiste à chercher un équivalent fixe : « qui » donnerait toujours который, « que » toujours которую, « dont » toujours которого. Cette stratégie ne fonctionne pas, car la grammaire russe pose sa propre question et conserve ses propres prépositions.

Ainsi, un même pronom relatif français peut être rendu par des formes différentes selon le verbe russe et selon la préposition. « À qui » demande une forme au datif, « avec qui » une forme à l’instrumental, et « dont je parle » se construit avec о suivi du prépositionnel. La bonne démarche n’est donc pas de traduire le pronom français isolé, mais de reconstruire toute la petite phrase russe.

Prenez l’habitude de formuler mentalement une phrase simple avant de fabriquer la relative. Si vous savez dire « j’écris à cette personne », vous reconnaîtrez le datif dans la relative. Si vous savez dire « je travaille avec ces amis », la préposition с vous guidera vers l’instrumental. C’est plus fiable que de mémoriser une traduction unique de « qui » ou de « dont ».

Cette attention aux structures évite plusieurs pièges récurrents chez les francophones. Retrouvez d’autres points de vigilance dans notre article sur les erreurs francophones à éviter en russe, puis revenez à vos propres phrases pour vérifier systématiquement le sujet, le connecteur et le cas.

Atelier : transformer deux phrases en une seule

Pour terminer, reliez chaque paire de phrases en une phrase complexe. Avant de regarder le corrigé, identifiez le lien logique : information rapportée, but avec même sujet, but avec sujets différents ou cause. Ajoutez ensuite la virgule russe.

  • Я думаю. Он прав.
  • Я учу русский. Я хочу читать книги.
  • Я хочу. Ты придёшь завтра.
  • Мы остаёмся дома. Идёт дождь.

Corrigé

  • Я думаю, что он прав. — Je pense qu’il a raison.
  • Я учу русский, чтобы читать книги. — J’apprends le russe pour lire des livres.
  • Я хочу, чтобы ты пришёл завтра. — Je veux que tu viennes demain.
  • Мы остаёмся дома, потому что идёт дождь. — Nous restons à la maison parce qu’il pleut.

Dans la première phrase, что introduit le contenu de ce que je pense. Dans la deuxième, le sujet de учу et celui de читать sont identiques : l’infinitif est donc requis après чтобы. Dans la troisième, « je » et « tu » sont différents ; le verbe après чтобы prend alors la forme en -л. Enfin, la dernière phrase donne une cause, ce qui appelle потому что. Répétez ce raisonnement à voix haute : il vous permettra de construire des phrases complexes sans les traduire mot à mot.