Maria Sokolova, journaliste à Paris, a interviewé Valentina Orlova, une grand-mère russe vivant en France depuis quinze ans. Ensemble, elles ont discuté de la manière dont Valentina aide ses petits-enfants à préserver la langue et la culture russes dans le cadre d’une éducation bilingue. Valentina, qui vit à Toulouse, partage ses méthodes et ses conseils fondés sur son expérience personnelle et les traditions.
Quinze ans en France : l’histoire de Valentina
Maria Sokolova : Valentina, parlez-nous un peu de vous et de votre expérience de la vie en France.
Valentina Orlova : Vous savez, je suis arrivée en France il y a 15 ans, lorsque ma fille a épousé un Français et s’est installée à Toulouse. Tout ce que je sais sur le russe pour les enfants, je l’applique aujourd’hui avec mes petits-enfants, en adaptant la méthode à chacun d’eux. Dans notre famille, nous avons pour habitude de préserver les traditions, où que nous soyons. J’ai aujourd’hui trois petits-enfants, et je m’efforce de leur transmettre non seulement la langue, mais aussi les valeurs culturelles. Cela vient naturellement si l’on ne se précipite pas, et je crois que c’est important pour leur identité. En France, où la culture française prédomine, il est très important de ne pas perdre le lien avec ses racines. Par exemple, nous participons souvent à des événements culturels russes, comme la célébration de Maslenitsa, ce qui aide les enfants à mieux comprendre la culture russe et à se sentir partie intégrante de celle-ci. J’essaie également de fréquenter d’autres familles russophones afin que les enfants se sentent membres d’une communauté. Nous avons créé un club de culture russe dans notre quartier, où les enfants peuvent rencontrer d’autres enfants russophones, ce qui rend l’apprentissage plus naturel et plus passionnant. Cela favorise aussi le développement d’un sentiment de communauté et de soutien entre les parents.
Le rôle de la grand-mère dans la transmission de la langue aux petits-enfants
Maria Sokolova : Pourquoi le rôle de la grand-mère est-il si important dans la transmission de la langue aux petits-enfants ?
Valentina Orlova : Les grands-parents jouent un rôle unique : nous pouvons consacrer davantage de temps et d’attention aux enfants, sans la pression de l’école et du travail. Je dis toujours à mes petits-enfants que la langue russe fait partie de leur héritage. Il est important qu’ils se sentent liés à l’histoire de la famille. De plus, lorsque les parents sont occupés, je peux passer plus de temps avec eux et les aider à consolider leurs connaissances. Dans notre cas, c’est particulièrement important, car ils sont scolarisés dans une école française et parlent plus souvent français à la maison. En outre, j’essaie de profiter de chaque occasion pour communiquer en russe. Par exemple, le week-end, nous allons au parc et je leur parle des oiseaux et des plantes de Russie, ce qui développe non seulement leur maîtrise de la langue, mais élargit également leurs horizons. L’enseignement du russe aux enfants en émigration ne concerne pas seulement la langue, mais aussi la culture. Par exemple, nous discutons de ce qui se passe en Russie, des nouveaux dessins animés ou livres qui sont sortis, ce qui permet d’entretenir l’intérêt des enfants pour la culture russe. J’essaie d’intégrer la langue aux activités quotidiennes pour qu’elle fasse partie de leur vie et ne soit pas quelque chose d’isolé.
Les rituels quotidiens pour entretenir la langue
Maria Sokolova : Quels rituels quotidiens vous aident dans ce processus ?
Valentina Orlova : Nous avons plusieurs rituels. Par exemple, je lis chaque soir des contes russes à mes petits-enfants. Cela développe non seulement leur maîtrise de la langue, mais renforce aussi notre lien. Nous chantons également souvent des chansons russes et regardons des dessins animés. J’essaie de faire en sorte que ce soit amusant et intéressant pour eux. De plus, nous nous appelons régulièrement en vidéo lorsque nous ne pouvons pas nous voir en personne. Cela permet de maintenir un contact permanent en russe. Enseigner le russe aux enfants ne concerne pas seulement la langue, mais aussi la culture. Par exemple, nous discutons de ce qui se passe en Russie, des nouveaux dessins animés ou livres qui sont sortis, ce qui permet d’entretenir l’intérêt des enfants pour la culture russe. L’étude commune de l’histoire, notamment celle des grands écrivains et poètes russes, constitue également un élément important qui aide les enfants à mieux comprendre leur héritage et à en être fiers. Nous organisons aussi de petites représentations théâtrales à la maison, où les enfants peuvent interpréter des rôles tirés de contes et de légendes russes, ce qui rend l’apprentissage de la langue passionnant.
Les difficultés de l’éducation bilingue et leurs solutions
Maria Sokolova : Quelles difficultés rencontrez-vous au cours de l’apprentissage ?
Valentina Orlova : L’une des principales difficultés est la motivation. Parfois, mes petits-enfants préfèrent répondre en français, surtout lorsqu’ils communiquent avec leurs camarades. Il est important de ne pas les forcer, mais de continuer doucement à parler russe et de leur redemander le mot voulu sans passer au français. Cela peut également devenir difficile lorsqu’ils commencent à mélanger les langues, mais c’est un processus naturel. L’essentiel est de rester patient et cohérent. Les études montrent que les enfants bilingues commencent généralement à parler plus tard, mais qu’ils acquièrent finalement une plus grande souplesse de pensée. J’utilise des jeux et des jeux de piste pour éveiller leur intérêt. Par exemple, nous jouons au jeu « trouve le mot », qui consiste à chercher des mots russes dans la maison. Nous créons également de petites représentations théâtrales en russe, où les enfants peuvent exprimer leur créativité. Cela développe non seulement leur maîtrise de la langue, mais renforce aussi leur confiance en eux. Il est également important que les enfants aient la possibilité de communiquer avec d’autres enfants qui apprennent le russe, afin qu’ils ne se sentent pas isolés.

La cuisine et les traditions comme outils d’apprentissage
Maria Sokolova : Comment utilisez-vous la cuisine et les traditions pour l’apprentissage ?
Valentina Orlova : Nous préparons souvent ensemble des plats russes traditionnels. C’est un excellent moyen de faire participer les enfants au processus d’apprentissage par la pratique. Lorsque nous façonnons des pelmeni ou faisons cuire des pirojki, je leur parle des traditions et de la signification de chaque plat. Dans notre famille, nous avons pour habitude de célébrer chaque fête avec des plats russes, ce qui aide les enfants à mieux comprendre et mémoriser les particularités culturelles. Par exemple, pour le Nouvel An, nous préparons toujours une salade Olivier et du hareng sous son manteau, en expliquant pourquoi ces plats sont si importants dans la culture russe. C’est un voyage dans le passé non seulement gastronomique, mais aussi culturel. Nous organisons également des ateliers pour nos amis afin qu’ils découvrent eux aussi notre culture. Il est important que les enfants voient que la culture russe est vivante et actuelle, même à l’étranger. En parallèle, je conseille à mes petits-enfants d’étudier le français de manière plus systématique, et la ressource institutbilingue.com convient bien à des cours structurés. Nous essayons également de préserver le lien avec les traditions culturelles en fréquentant les magasins russes et les centres culturels locaux, ce qui aide les enfants à comprendre que leur héritage est vivant et activement entretenu.
Conseils aux autres grands-parents vivant à l’étranger
Maria Sokolova : Quels conseils donneriez-vous aux autres grands-parents vivant à l’étranger ?
Valentina Orlova : Premièrement, il est important de maintenir des échanges réguliers, qu’il s’agisse de rencontres en personne ou d’appels. Notre aperçu de l’apprentissage du français pour les russophones montre que ce même principe de régularité fonctionne dans les deux sens, tant pour le français que pour le russe. Deuxièmement, intégrez des éléments de la langue et de la culture à la vie quotidienne des enfants. Par exemple, vous pouvez lire un livre russe avant le coucher ou raconter une histoire intéressante de votre enfance. Et bien sûr, il ne faut pas oublier les traditions culinaires, qui peuvent devenir une excellente occasion de mener une activité ensemble. Il est également important de maintenir le contact avec d’autres familles russophones en France. Cela crée une communauté dans laquelle les enfants peuvent communiquer dans leur langue maternelle et se sentir partie intégrante de quelque chose de plus grand. Nous essayons également d’assister à des événements culturels russes, tels que des concerts et des expositions, ce qui aide les enfants à ressentir la richesse et la diversité de la culture russe. Nous avons même créé un club pour les familles russes afin de partager nos expériences et de nous soutenir mutuellement.
Questions-réponses express
Maria Sokolova : Passons maintenant aux questions express. Êtes-vous prête ?
Valentina Orlova : Bien sûr, essayons !
Maria Sokolova : Est-il important de parler uniquement russe avec ses petits-enfants ?
Valentina Orlova : Oui, cela aide à préserver la langue. Les enfants ont tendance à s’assimiler et, si la langue parlée à la maison n’est pas entretenue, elle peut être oubliée.
Maria Sokolova : Faut-il utiliser les technologies modernes pour l’apprentissage ?
Valentina Orlova : Oui, elles peuvent être utiles. Les applications d’apprentissage du russe peuvent constituer une bonne aide. Nous utilisons également des cours en ligne et des leçons vidéo afin de rendre l’apprentissage plus interactif et accessible.

Maria Sokolova : Faut-il punir l’utilisation d’une autre langue ?
Valentina Orlova : Non, cela peut rebuter l’enfant. Il vaut mieux entretenir une attitude positive envers l’apprentissage. Le renforcement positif et le jeu sont les meilleures méthodes d’apprentissage.
Maria Sokolova : Est-il utile de regarder des dessins animés russes ?
Valentina Orlova : Oui, cela développe la compréhension de la langue et des contextes culturels. Les enfants aiment « Masha et Michka » et « Nu, pogodi! ». Cela stimule leur intérêt pour la langue et la culture de manière discrète.
Maria Sokolova : Une fois par semaine suffit-il pour communiquer ?
Valentina Orlova : Mieux vaut plus souvent que moins souvent. La régularité est la clé du succès. Nous essayons de passer du temps ensemble chaque jour.
Les derniers conseils de Valentina Orlova
Maria Sokolova : Et enfin, vos derniers conseils…
Valentina Orlova :
- Créez une atmosphère chaleureuse dans laquelle la langue fera naturellement partie de la vie. Par exemple, décorez la maison de symboles russes afin que les enfants se sentent chez eux.
- Intégrez la langue aux activités quotidiennes afin que les enfants la perçoivent comme quelque chose de vivant et d’intéressant. Lisez des livres ensemble, discutez des films et de l’actualité.
- N’oubliez pas de partager les aspects culturels et les traditions : cela enrichira leur perception et renforcera leur lien avec leur patrie. Visitez des expositions, assistez à des concerts et à d’autres événements liés à la culture russe.
- Entretenez des contacts réguliers avec les établissements d’enseignement et les clubs russes afin que les enfants aient la possibilité de participer à des activités en russe.
- Cherchez constamment de nouvelles méthodes et approches pour rendre l’apprentissage passionnant et intéressant, par exemple grâce à l’enseignement du russe à vos enfants en France.
Valentina Orlova nous a fait part de sa riche expérience de l’éducation de petits-enfants bilingues. Ses conseils et ses méthodes peuvent être utiles à de nombreux grands-parents vivant à l’étranger. Pour ceux qui s’intéressent aux aspects plus approfondis de l’enseignement du russe en France, il est conseillé de consulter ce guide.